La planète et la banlieue

« L’environnement, c’est un problème de parisiens » : voici les mots rapportés par une professeure dans un établissement de zone urbaine sensible, provenant de ses élèves. Pensant naïvement que la nécessité d’agir pour réduire noter empreinte écologique était un enjeu faisant l’unanimité parmi les enfants et adolescents, j’ai reçu cette phrase comme un petit coup de Taser. J’ai alors voulu mieux comprendre ce qui se cachait derrière cette affirmation coup de gueule, qui semblait exprimer beaucoup plus que de la simple provocation.

Avant toute chose, plantons le décor. Les habitants des banlieues modestes sont statistiquement les plus exposés à la pollution, par leur plus grande proximité avec de grands axes routiers, des industries lourdes, des décharges et incinérateurs, ou encore des aéroports. A titre d’exemple, Saint-Denis détient le triste record du taux de pollution le plus élevé de France ; son taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est autour de 30%, contre 14% en moyenne à l’échelle nationale. Mais alors, si les zones urbaines sensibles sont les plus touchées par la dégradation de l’environnement pourquoi se désintéresseraient-elles de ce sujet?

Quand on est un jeune des quartiers, la priorité c’est de s’en sortir, c’est de vivre

Premières recherches sur le sujet, première petite claque de prise de conscience : Emmanuel, bénévole d’une association proposant des atelier verts à Montreuil, me transmet un extrait du livre d’Emma, « Un autre regard sur le climat » (je ne suis pas forcément d’accord avec sa vision globale, néanmoins ici son argument m’apparaît indiscutable) :

Effectivement, de ma petite bulle je n’avais pas forcément voulu réaliser que, quand chaque jour relève du « struggle for life » et que l’on peine à boucler les fins de mois, la planète ne fait pas forcément partie des préoccupations principales. Clint, jeune actif ayant grandi dans un quartier sensible, me livre une phrase marquante : « Quand on est un jeune des quartiers, la priorité c’est de s’en sortir, c’est de vivre ». Et pourtant Clint, ainsi que nombre d’acteurs sociaux dans les banlieues s’accordent à dire qu’il est primordial de sensibiliser ces futurs adultes aux enjeux écologiques.

Un manque d’information et de sensibilisation

Mais dans ce contexte, les associations reconnaissent souvent avoir des difficultés à toucher les populations défavorisées sur les thématiques environnementales. Au-delà des préoccupations d’un quotidien souvent difficile, le manque d’information va souvent accentuer une désaffection pour la cause environnementale. Clint m’a beaucoup éclairée sur ce point : « C’est en faisant de longues études que j’ai appris des choses sur l’écologie. Elles permettent de développer la curiosité et le réflexe de se renseigner. Mais souvent dans les quartiers, les parcours scolaires sont difficiles et s’arrêtent tôt. Alors les jeunes n’ont pas forcément les outils pour savoir et savoir comment agir ».

Quand les jeunes se sentent valorisés, considérés, alors ils peuvent s’ouvrir à d’autres choses

Mais tout n’est pas perdu, loin de là, et de belles initiatives se développent, s’attaquant à la fois aux problèmes sociaux de ces enfants et à leur sensibilisation à l’écologie. Les différents acteurs du monde associatif avec qui j’ai discuté s’accordent à dire qu’avant toute chose, il faut montrer à ces jeunes que l’on s’intéresse à eux, qu’on leur accorde de l’importance, et qu’on va les aider à s’en sortir. Car (et je reprends encore une belle phrase de Clint), « quand les jeunes se sentent valorisés, considérés, alors ils peuvent s’ouvrir à d’autres choses. En réglant leurs problèmes et en les sensibilisant à l’écologie, on peut y arriver ».

Mathilde, directrice de centre d’animation dans un quartier populaire de la capitale, a par exemple réussi par le jeu et la discussion à sensibiliser les enfants sur des thématiques écologiques telles que le gaspillage plastique. « Les enfants aiment bien le débat car ils s’y sentent valorisés. De plus quand ils apprennent quelque chose, ils en retirent une certaine fierté et ont envie de transmettre leur savoir autour d’eux ». Dominique, menant en banlieue lilloise des projets associatifs alliant humain et nature, a réussi, par un travail de longue haleine, à nouer un dialogue pérenne avec les enfants de quartiers difficiles et à les sensibiliser sur des sujets tels que le recyclage. Par des activités simples, comme demander aux enfants de dessiner une poubelle, elle instaure une ouverture à l’échange et au savoir. Pour elle, « les enfants ont besoin d’être considérés, on doit les solliciter vraiment, mettre de l’importance dans leurs actions ».

Les ménages les plus aisés émettent deux fois et demi plus de CO2 que les ménages les plus modestes

Et puis rendons à César ce qui est à César : selon une étude de l’Insee les ménages les plus aisés émettent deux fois et demi plus de CO2 que les ménages les plus modestes en France. Effectivement, lorsque l’on prend le métro plutôt que sa voiture pour aller au boulot, que l’on vit dans des logements de taille plus réduite et que l’on économise le chauffage pour boucler les fins de mois, même si ce n’est pas forcément volontaire, on pollue beaucoup moins. Et lorsque l’on a moins de moyens, la récup’, la réparation plutôt que la mise au rebut, l’achat de vêtements de seconde main plutôt que la surconsommation textile sont déjà des réflexes intégrés au quotidien.

Pour conclure, cette mini enquête m’a permis de comprendre à quel point les problèmes d’environnement et de fragilité économique et sociale sont imbriqués et interdépendants. Aujourd’hui 3 millions d’enfants de moins de 18 ans vivent sous le seuil de pauvreté en France, soit 20% de la population mineure. Cela peut paraître bateau mais rappelons-le quand même pour le mot de la fin : les aider à s’en sortir et à trouver leur place dans la société ne pourra qu’être bénéfique à tous non seulement économiquement, socialement mais aussi écologiquement. Cela étant dit, il n’y a plus qu’à passer à l’action 🙂 Et souvenez-vous, chaque petit geste compte !

Un grand merci à Clint, Dominique, Emmanuel et Mathilde qui ont accepté de consacrer un peu de leur temps pour nourrir mon article et m’ont apporté des témoignages et éclairages très précieux !

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