Les petits papiers

Nous avons tendance à croire que le papier, le carton et les objets en bois sont écologiques, car faits à partir d’un élément 100% naturel : l’arbre. Oui certes, l’impact écologique de ces produits est plus vertueux que d’autres matériaux comme le plastique, néanmoins attention aux effets néfastes de leur surconsommation!

Pour mieux comprendre les conséquences de l’exploitation industrielle du bois, Jenni Räinä, co-autrice d’un livre sur les forêts finlandaises (« Metsä Meidän Jälkeemme », malheureusement non traduit) a pris le temps de me parler de son livre et de m’expliquer plus en détail les conséquences des coupes de forêts sur l’écosystème.

Pourquoi ai-je pris l’exemple des forêts finlandaises? Parce que la Finlande est l’un des plus gros producteurs mondiaux de produits issus du bois, avec 60% de sa production exportée aux quatre coins du globe. L’industrie forestière y représente près de 20% de sa production industrielle totale et emploie autour de 15% des travailleurs industriels finlandais. Si l’exploitation du bois en Finlande se fait de façon intensive depuis plusieurs siècles, c’est aussi en grande partie grâce à elle que le pays a pu, après-guerre, se redresser économiquement et offrir une qualité de vie élevée à ses habitants.

La surexploitation des forêts altère la biodiversité et rend l’environnement plus vulnérable aux attaques climatiques

Mais aujourd’hui, de nombreux scientifiques et écologistes alertent sur la surexploitation des forêts, qui a des conséquences profondes sur l’écosystème et le réchauffement climatique. A titre d’exemple, en Finlande, moins de 3% des forêts sont à l’état primaire, c’est à dire n’ayant aucune trace visible d’activité humaine. De plus, en 20 ans, le nombre de forêts âgées de plus de 160 ans y a diminué de 40% !

Instinctivement, nous pouvons avoir du mal à imaginer ce qu’il y a de mal à couper un arbre surtout si l’on en replante aussitôt un autre. Quelles sont donc les répercussions sur l’environnement de l’exploitation industrielle des forêts?

Même si les jeunes arbres absorbent eux aussi du CO², il leur faudra plusieurs décennies pour retrouver le niveau de stockage de gaz à effet de serre de leurs prédécesseurs

Tout d’abord, les forêts anciennes sont des immenses zones de stockage de CO². Lorsqu’on les coupe, c’est donc autant de carbone qui est libéré à court terme dans l’atmosphère. Et même si les jeunes arbres absorbent eux aussi du CO², il leur faudra plusieurs décennies pour retrouver le niveau de stockage de gaz à effet de serre de leurs prédécesseurs. En outre, plus le climat est rude, plus longue sera la repousse des forêts : il faut compter 70 ans pour qu’une forêt retrouve son aspect d’avant-coupe dans le sud de la Finlande, et plus de 100 ans en Laponie!

Par ailleurs, la coupe franche de pans de forêts entières met en danger la survie d’un nombre immense d’espèces animales et végétales. Dans les forêts finlandaises, on dénombre aujourd’hui 833 espèces menacées, dont 700 directement à cause de l’exploitation forestière. En effet, dans les forêts naturelles, le bois mort abrite tout un écosystème animal et végétal, qui va disparaître avec les coupes franches de forêts et le « nettoyage » des arbres tombés.

De plus, l’industrie du bois a favorisé la plantation de « monocultures d’arbres », rendant ces zones plus vulnérables aux attaques parasitaires et climatiques. Car la biodiversité -animale comme végétale – permet une meilleure résistance aux attaques de maladies (oui, les arbres aussi peuvent aussi attraper des virus !), mais aussi une adaptation plus facile aux changements (notamment climatiques).

L’exploitation intensive des forêts appauvrit les sols et dégrade la qualité des eaux

Autre conséquence de l’exploitation intensive des forêts, des millions de kilomètres de ravines et canaux ont été creusés pour assécher les zones marécageuses et permettre ainsi une pousse d’arbres plus rapide. En Finlande, la distance totale de ces tranchées équivaut à 2 allers-retours vers la Lune ! Or cette technique a pour conséquence de drainer une grande partie des nutriments de la terre, appauvrissant ainsi les sols, et modifiant drastiquement la composition de l’eau des lacs et rivières, impactant par ricochet la qualité de l’eau et l’écosystème aquatique.

Heureusement, depuis quelques années de plus en plus d’exploitations forestières pratiquent des méthodes de coupe plus respectueuses de l’environnement (par exemple en coupant les arbres de façon clairsemée et non systématique pour éviter de trop perturber l’écosystème). En parallèle, un programme public national développe des solutions pour inciter les propriétaires de domaines forestiers à protéger leurs arbres plutôt que les couper en masse. Mais un gros travail reste à faire, et pas seulement à l’échelle de la Finlande mais à l’échelle mondiale, pour préserver les forêts et leur biodiversité, qui ont un rôle majeur dans la régulation climatique !

Et à notre niveau, comment peut-on agir ?

Voici quelques actions simples que Jenni Räinä propose : d’abord consommer moins, et mieux! Considérons que chaque bien que nous avons entre les mains, même le moindre petit bout de carton, est une ressource précieuse que nous donne notre planète. Ensuite, achetons au maximum du papier ou carton recyclé (ça marche aussi pour le papier toilette, dont nous faisons chacun en moyenne une consommation de 6kg par an…). Pour ce qui est des meubles ou objets en bois, essayons d’acheter au maximum des produits de qualité ayant une longue durée de vie, certifiés (FSC ou IFSC), si possible de seconde main, et réparons au maximum !

Alors maintenant, à vous de jouer !

Un grand merci à Jenni Räinä d’avoir pris le temps de m’expliquer et me traduire les points majeurs de son livre « Metsä Meidän Jälkeemme » (car mon niveau de finnois est assez basique…) : Kiitos paljon !

2 commentaires sur « Les petits papiers »

  1. Article particulièrement intéressant,et
    très explicite.
    Il reste beaucoup à faire pour sauver la
    planète, ……mais ….
    Les petits ruisseaux font les grandes
    rivières
    Bravo.

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  2. Bravo pour cet article très intéressant. On a beau être très impliqués dans une demarche ZD, on ne se rend pas toujours compte de ce qu’impliquent certaines habitudes de consommation… ici nous avons abandonné le sopalin, et avons drastiquement réduit notre conso de papier toilette (en passant à du tissus lavable pour la petite commission 😉)

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