Betteraves versus abeilles

Alors que les néonicotinoïdes – ces insecticides si efficaces qu’ils exterminaient entre autres nos amies les abeilles – étaient interdits en France depuis le 1er septembre 2018, leur grand retour cet automne, pour enrayer l’épidémie de jaunisse sévissant sur nos belles betteraves, m’a mis la puce à l’oreille. Perplexe face à cette nouvelle, j’ai essayé de mieux en comprendre les tenants et aboutissants. Il semblerait que mes doutes sur les bienfaits du retour de ces produits sur les plaines betteravières soient partagés par un grand nombre de membres de la communauté scientifique…

27 tonnes de néonicotinoïdes par an pour la betterave

Tout d’abord, pour mieux cerner les enjeux, voici une petite fiche d’identité de la betterave : en France, ce sont 450 000 hectares de terres cultivées, qui, si elles étaient traitées, impliqueraient l’utilisation de près de 27 tonnes de néonicotinoïdes par an (source Fédération Nationale d’Agriculture Biologique). A quoi la betterave est-elle utilisée aujourd’hui ? En premier lieu pour la transformation en sucre (5 000 tonnes par an, dont la moitié est exportée), puis pour la production d’éthanol (cette pratique devrait bientôt être interdite par l’Europe, car elle se fait au détriment des espaces agricoles destinés à la production alimentaire), et enfin en minorité pour l’alimentation humaine et animale.

80% des insectes ont disparu en 30 ans, et un tiers des oiseaux en 15 ans

Revenons maintenant sur les néonicotinoïdes : pourquoi ont-ils été interdits en France et en Europe ? Tout simplement car de nombreuses études scientifiques ont montré que ces substances étaient les principaux responsables de l’effondrement du nombre d’insectes pollinisateurs (sans lesquels nombre de plantes ne pourraient se reproduire), avec des répercussions en cascade sur les populations d’autres insectes (80% ont disparu en 30 ans) et d’oiseaux (selon le CNRS, un tiers a disparu des zones rurales les 15 dernières années).

Mais dans ce cas, pourquoi autoriser de nouveau ces substances sur les cultures de betteraves ? Pour sauver nos betteraves des vilains pucerons donnant la jaunisse, et éviter l’effondrement de toute la filière sucrière française, ma bonne dame ! expliquent les sources officielles….

Et c’est là où j’ai commencé à me poser des questions. La jaunisse, vraiment ? Mon fils a eu la jaunisse à sa naissance, et pourtant il ne s’en porte pas plus mal aujourd’hui. En même temps il est vrai que je n’ai jamais eu l’intention de le transformer en bortsch… Bon, trêve de balivernes ! Donc oui, la filière betteravière est aujourd’hui en grande difficulté économique, mais la jaunisse ne joue là-dedans qu’un rôle mineur. Tout d’abord, les récoltes de betteraves ces dernières années ont été fragilisées par deux faits majeurs : d’une part les sécheresses à répétition, mais aussi et surtout, la suppression des quotas de production au niveau mondial, qui a entraîné une surproduction et une chute des cours. La jaunisse ne serait qu’une petite partie du problème, et quand bien même, l’utilisation préventive de néonicotinoïdes n’est pas forcément la seule solution sur ce point.

Le retour de la biodiversité dans les plaines betteravières est un moyen efficace de lutte contre la jaunisse

En effet, comment les exploitations betteravières bio gèrent-elles leurs problèmes de jaunisse sans entrants chimiques ? Tout simplement en rétablissant la biodiversité sur leurs parcelles, par l’implantation par exemple de « bandes herbées », de haies, d’arbres, de marres, qui favorisent le développement de coccinelles et autres prédateurs du redoutable puceron jaunisseur…

Je vous l’accorde, ces solutions ne sont pas forcément implémentables en un jour, mais, si l’on regarde sur le long terme, peut-être la meilleure aide aux producteurs de betteraves conventionnelles serait celle leur permettant de passer à une agriculture plus durable écologiquement et économiquement, plutôt que d’autoriser à dégrader les sols pour devoir réparer les dégâts quelques années plus tard…

En attendant, que peut-on faire ? En mode colibri des courses, on peut déjà faire attention à n’acheter que des betteraves, du sucre ou des produits contenant du sucre issus de l’agriculture biologique. Et si, suite à la lecture de cet article, vous fulminez et trouvez cela absolument scandaleux, vous pouvez même signer la pétition en ligne sur change.org 🙂

Sources principales : https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/agriculture/comment-la-betterave-devra-se-passer-des-neonicotinoides_147297 ; https://www.fnab.org/ ; https://www.lemonde.fr/pollution/article/2018/04/26/l-europe-se-prononce-sur-l-interdiction-des-neonicotinoides_5291075_1652666.html ; https://www.quechoisir.org/actualite-re-autorisation-des-neonicotinoides-vraiment-pas-d-alternative-n82575/

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